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Qu’est-ce qu’une rente viagère ?

Lorsque vous décidez de « liquider » votre contrat retraite vous pouvez toujours demander un paiement sous forme d’une rente viagère, c’est-à-dire d’un montant garanti payé tout le reste de votre vie.

Cette modalité est en théorie obligatoire pour les sommes issues des « cotisations obligatoires » (ou compartiment 3) d’un PER. En pratique il faut que le montant dépasse 100 € par mois (donc 1200 € par an) pour que cette obligation s’applique. En dessous vous pouvez « racheter » la rente et donc percevoir une rente unique qui est traitée comme un capital.

Elle est facultative pour les sommes issues de vos versements personnels ou de l’épargne salariale : vous pouvez demander une rente (que l’assureur peut refuser si les montants sont trop faibles) ou vous faire payer un capital, et prendre une décision différente sur chaque « compartiment ».

Le principe d’un calcul de rente viagère : Une importance prépondérante de l’espérance de vie

L’assureur qui va calculer le montant d’une rente viagère tient exactement le même raisonnement que celui qu’on applique pour estimer l’équivalence entre un capital retraite et un futur revenu : il va se baser sur un calcul de l’espérance de vie à l’âge de la retraite.

Ce faisant, comme il doit apporter la garantie de verser ce montant chaque année il doit évaluer avec prudence cet engagement. En particulier les assureurs n’utilisent pas les tables de mortalité de la population générale mais celles établies pour des populations d’assurés rentiers ou « tables d’expérience ». Les populations les plus défavorisées n’y figurent en général pas et l’espérance de vie est donc supérieure à celle de la moyenne des français (d’au moins 4 ou 5 ans). Ils prennent en plus en compte l’allongement de la durée de la vie par génération (la génération qui a aujourd’hui 40 ans aura une espérance de vie à 65 ans supérieure à celle qui atteint cet âge en 2021) ce qui donne des tarifs (et des simulations) différents selon la génération à laquelle on appartient. .

Enfin, comme les femmes vivent plus longtemps que les hommes, si les tarifs sont différenciés les hommes peuvent obtenir des rentes plus élevées, mais s’ils ne le sont pas ils auront un tarif défavorable basé sur l’espérance de vie des femmes.

Les tarifs de rente issues d’un PERO sont en général différenciés entre hommes et femmes, ceux issus d’un PER Collectif (ou individuel) ne le sont pas, la « raison » étant liée au caractère obligatoire du PERO qui ne peut pas créer d’antisélection supplémentaire.

Les tarifs de rente peuvent inclure des frais sur « arrérages » (c’est-à-dire sur les montants versés) mais ceux-ci sont en général limités et ne changent pas fondamentalement le tarif.

Ces différentes hypothèses, amènent à calculer un montant de rente inférieur à celui que donne un calcul simplifié basé sur l’espérance de vie fournie par l’INSEE (25 ans d’espérance de vie à 63 ans).
Ainsi dans la plupart des cas les montants de rente proposés sont de 10% à 20% inférieur à ce calcul siimplifié.

La revalorisation

Dans le passé les assureurs pouvaient accorder des taux de revalorisation (des capitaux et des futures rentes) garantis à l’avance. Outre l’avantage réel d’une garantie, l’intégration de ces taux de revalorisation au tarif de la rente donnaient une valeur faciale plus élevée à la rente.

Aujourd’hui les taux de revalorisation sont donnés année après année.

Ils sont en général ceux du fonds euro de l’assureur (parfois avec des niveaux de frais sur encours différents de la revalorisation en phase d’épargne). L’attractivité de ces taux de revalorisation va donc dépendre de l’assureur ou du contrat.

Cette revalorisation de la rente est toutefois un vrai point fort : le montant versé est protégé contre l’inflation alors que pour qu’un capital fasse de même il faut savoir le « placer » (et donc prendre un risque). Si l’inflation est élevée, cette protection ne sera toutefois que partielle (les fonds euro ne pourront pas la suivre).

Les options de rente

Un certain nombre d’options sont offertes et peuvent influer sur la manière de percevoir les rentes (par pallier, annuités garanties) ou permettre une forme de réversion (un second bénéficiaire après le décès du rentier).
Toutes ces options ont une influence sur le tarif de la rente. Par exemple (fictif) une rente de 100€ par an pourra passer à 80€ s’il faut la verser tout au long de la vie du rentier et ensuite en verser une partie (souvent 60%) à son conjoint s’il lui survit.

Citons ici les options les plus couramment proposées:

  • La rente viagère sans réversion. Au décès du titulaire le paiement s’arrête.
  • La rente viagère réversible. Au décès du titulaire un taux de 50 %, 60 % ou 100 % (appelé « taux de réversion ») est versé au conjoint ou partenaire de PACS survivant. Attention en présence d’anciens conjoints (pas partenaires) cette rente devra être partagée entre eux au prorata des années d’union. Les rentes de réversion sont stipulées non réversibles.

La rente viagère avec annuités garanties pendant une durée fixe (par exemple de 5, 10 ou 15 ans). Formule souvent accessible en l’absence de conjoint et d’ex-conjoint(s) non remarié(s). .Le titulaire peut choisir un bénéficiaire en cas de décès pendant la période garantie

La rente viagère réversible avec annuités garanties pendant une durée de 10 ou 15 ans. Dans ce cas la garantie s’étend au conjoint survivant qui peut lui-même désigner un bénéficiaire en cas de décès. 

Comment interpréter les simulations 

Si une part substantielle de votre épargne retraite est amenée à être transformée en rente, et si vous êtes proche de la retraite il faudra utiliser les simulations tarifaires de l’assureur pour bien estimer le montant futur de cette rente.

Par défaut prenez par rapport aux simulations d’un capital fractionné (comme celui de Filib) un abattement de 10% pour un homme et 20% pour une femme sur la partie qui serait transformée en rente.

Si vous êtes plus loin de la retraite, il se peut que les hypothèses prises par le simulateur associé à votre PER sur la revalorisation de l’épargne (en général plus optimistes que l’inflation) compensent en partie l’écart (défavorable) sur le tarif de rente. Par ailleurs les tarifs pourront évoluer d’ici votre retraite.

Attention pour finir : les simulations sont en général sans option et notamment sans option de réversion.

 La fiscalité de la rente viagère

Si la rente est issue des cotisations de l’employeur (« obligatoires »), ou de versements volontaires que vous avez déduit de votre revenu imposable, elle sera ajoutée à votre revenu de retraite et donc rentrera dans le calcul de votre impôt sur le revenu.

Si elle est issue de l’épargne salariale (ou de versements non déductibles) elle ne rentrera dans la base imposable que pour une fraction (40% si liquidation après 60 ans, 30% si liquidation après 70 ans)

En revanche la rente donne toujours lieu à des prélèvements sociaux dont le montant varie en fonction de l’origine des sommes et de votre âge au moment de la rente.
Ils se situent entre 5% et 10% en général.
De manière précise ils se calculent ainsi

  • 10,1% pour les rentes issues des versements obligatoires (comme un revenu de retraite)
  • Une fraction de 17,2% (30% ou 40% suivant l’âge) pour les rentes issues des versements volontaire et de l’épargne salariale.

Rente ou capital comment choisir

 Quand un salarié qui va partir à la retraite examine son tarif de rente il risque de le trouver peu attractif et ce d’autant qu’il va sous-estimer son « risque de vie », et qu’il ne peut pas comparer à l’avance la revalorisation possible de la rente et celle de son capital (qu’il devra pour cela gérer). Par exemple il peut penser qu’il aura « 20 ans de vie » et être donc déçu de voir que la rente lui propose moins de 4% par an de son capital (ce qui correspond à une espérance de vie « moyenne » de 25 ans), voire pour une femme moins de 3,5%.

Cette réaction, normale, n’est pas forcément bonne conseillère. Les tarifs sont certes prudents, mais cette prudence est la base de l’assurance. Si l’assureur a raison et que votre durée de vie est bien plus longue que celle que vous avez imaginée, prendre une rente c’est prendre une assurance longévité.

A condition d’en avoir besoin bien sûr qui est la principale question à se poser : le facteur le plus important concerne l’utilisation réelle qui sera faite de ces sommes et donc l’utilité que vous allez tirer d’une option ou d’une autre.

Si ces sommes sont réellement utiles pour votre retraite, c’est-à-dire que vous pensez que vous en aurez besoin pour votre consommation courante alors la rente présente l’avantage très important d’une garantie : elle sera versée tous les mois jusqu’à la fin de la vie du rentier (et de plus revalorisée chaque année).

A contrario gérer un capital pour le consommer « entièrement » sur toute la durée de sa vie restante est complexe. Si on est trop prudent dans sa consommation on risque de se priver inutilement, si on ne l’est pas assez on risque de ne plus avoir de capital en fin de vie alors que les dépenses peuvent rester importantes. De plus un capital doit être placé (donc géré) sur cette longue durée, pour qu’il ne subisse pas une érosion monétaire trop forte. La rente vous procure une revalorisation annuelle correcte (basée sur le fonds euro de l’assureur) sans trop de souci

De manière symétrique, recevoir une rente pour ne pas la consommer, et donc la ré-épargner pour au final constituer un capital ne sera sans doute pas efficace. Mieux vaut à ce moment-là percevoir le capital et le placer dès le départ dans l’optique d’une transmission. D’autant plus qu’en cas de décès prématuré le capital sera ainsi « sauvegardé ». Cela permettra aussi d’en optimiser la rentabilité puisqu’un horizon long sera de nouveau offert et permettra de mieux revaloriser la totalité du capital, là où le montant de la rente se revalorise au taux d’un fonds en euro.

La situation familiale est bien sûr à prendre en compte dans les deux cas de figure : le capital peut être destiné au conjoint (sans droits de succession en droit commun) ou à des bénéficiaires (s’il est placé en assurance vie). La rente peut être réversible ou offrir des garanties décès au profit des enfants.

La fiscalité est malheureusement un facteur à prendre en considération, car rente et capital sont taxés différemment mais subissent tous les deux une fiscalité à la fois sur les plus-values, et sur le capital versé en cas de versements volontaires.

Dans les grandes lignes, si vous avez une part de plus-values importantes dans le montant final de votre épargne (par exemple si vous avez épargné pendant très longtemps), la rente peut se révéler intéressante si vous êtes imposé (à la retraite) à 11% de tranche marginale ; ou non-imposable. En revanche elle ne sera jamais favorable sur le plan de la fiscalité pour des tranches supérieures ou égales à 30%

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Post Author: Le Blog de la Téléconsultation Financière

Filib' : la téléconsultation financière pour les salariés

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