L’éducation financière : la clé pour une meilleure orientation de l’épargne des français ?

Voici une nouvelle journée mondiale de l’épargne qui devrait concerner les français, puisque ceux-ci sont à la fois l’un des peuples qui épargnent le plus (avec 17,4% de taux d’épargne en 2022) mais aussi parmi les plus mauvais des économies avancées en éducation financière (seuls 25% des adultes comprennent correctement les concepts de base de l’épargne).

Cette dernière serait-elle la clé pour que les français orientent « mieux » leur épargne (notamment vers l’investissement dans la transition de l’économie) et en tirent plus de pouvoir d’achat futur ? 

Pas si simple mais plutôt vrai. Voici pourquoi en quelques lignes : 

  • Les français épargnent beaucoup : 17,4% de leur revenu disponible brut (c’est à dire leurs revenus totaux y compris prestations sociales mais après paiement des impôts et prélèvements sociaux)

 

  • Oui mais cette « épargne » est constituée aux 2/3 de remboursements de crédit et pour 1/3 seulement d’épargne financière. Comme chacun le sait intuitivement : acheter sa résidence principale c’est le premier acte d’épargne 

 

  • Les français épargnent plus en proportion de leur revenu disponible que la moyenne européenne ou celle des pays de l’OCDE (les pays les plus « riches »), mais nous ne sommes pas les « champions du monde » :  il y a dans les deux cas environ 20% des pays qui épargnent encore plus que nous (par exemple la Suisse, les Pays Bas ou l’Irlande) ;

 

  • Dire que les français sont « nuls en épargne » est un peu exagéré. Certes nous sommes cette fois-ci en dessous de la moyenne européenne (à la limite du dernier quart, devant l’Italie et l’Espagne quand même) mais l’Europe est une des zones les plus riches du monde et nous restons quand même bien au-delà de la moyenne mondiale ;

 

  • L’éducation financière ce n’est pas…que de la finance. Les 5 questions qui sont à la base de ces scores touchent l’inflation, les taux d’intérêt et l’impact de leur évolution, la diversification des placements, et le rapport entre risque et rendement. Au moins 3 d’entre elles sont très utiles à qui s’interroge sur une stratégie d’emprunt et d’achat immobilier, comme l’époque actuelle le prouve ; 

 

  • Sans surprise mais sans appel ce sont toujours les mêmes catégories de la population qui bénéficient de la moins bonne « éducation financière » : les jeunes, les femmes, les moins aisés. Un énorme biais de reproduction sociale et de confiance en soi : car nous constatons au contraire que la capacité des uns et des autres à comprendre les notions de base de l’épargne quand elles sont expliquées par un coach sont identiques

Et pour finir. Oui, il y a une nette corrélation entre l’éducation financière et la capacité des épargnants à investir dans l’économie productive (et demain dans la transition sociale et environnementale) et à en tirer de meilleurs rendements. 

Alors, on se forme ? 

Auteur : Nicolas Schimel

Sources :

Table ronde – Entre contraintes et incitations, quelles réponses des DRH aux attentes sur le partage de la valeur ?

Synthèse de la table ronde du 14 juin 2023 organisée par Filib

Avec la participation exceptionnelle de David Amiel (député), Agnès Bricard (ambassadrice à la participation auprès du gouvernement), Diane Milleron-Deperrois (Directrice Générale Axa Santé et Collectives), Jérôme Nanty (DRH du Groupe Carrefour) et modérée par Nicolas Schimel (Président de Filib’).

Le partage de la valeur pour les TPE : une nouvelle obligation, mais aussi une nouvelle opportunité

La grande nouveauté de la loi votée à l’Assemblée nationale le 27 juin 2023 est l’obligation d’introduire au moins un dispositif de partage de la valeur pour les entreprises entre 11 et 50 salariés (la participation est déjà obligatoire au-delà).

Les députés se sont prononcés en faveur de l’article 3 du projet de loi avec 117 voix « pour » et 17 « contre ».

Selon David Amiel, le gouvernement va « fixer des objectifs » pour que cette obligation soit suivie d’effets et qu’ainsi plusieurs millions de nouveaux salariés aient accès aux dispositifs de partage de la valeur. En effet, selon Diane Milleron-Deperrois, moins de 20 % des entreprises de moins de 50 personnes sont aujourd’hui actives.

La profession d’expert-comptable devrait jouer un rôle important en tant que conseil des TPE /PME, car ces dispositifs restent techniques à appréhender, voire parfois « piégeux ».

Mais il faudrait que le « droit à l’erreur » soit consenti à tous (y compris pour l’expert-comptable qui engage sa responsabilité professionnelle) afin qu’au premier contrôle les administrations délivrent  des conseils et non des sanctions !

À noter : les députés ont également voté un article ayant pour but d’accélérer la mise en place de la participation dans les moyennes et grandes entreprises (plus de 50 salariés) en supprimant le délai existant pour les sociétés concernées.

Comment choisir face à une multiplicité de dispositifs ?

Les évolutions prévues par la loi après la transposition de l’ANI offrent aux entreprises une panoplie très riche de solutions pour partager la valeur.

rappel des dispositifs de partage de la valeur suite à l'ANI

Elles apparaissent, en tous les cas, suffisantes à la grande majorité des DRH présents lors de la conférence.

Il n’est bien sûr pas possible de tout mettre en place pour tous les salariés. Pour Jérôme Nanty, il y a une progressivité : rémunération fixe / dispositifs légaux / actionnariat Salarié. Il faut aussi donner de la lisibilité et du sens.

  • La prime de partage de la valeur permet de poser un premier jalon dans les dispositifs légaux, car elle est facile à manipuler pour les DRH et facile à comprendre pour les salariés.
  • L’intéressement reste le dispositif le plus riche de sens. Il permet de vraiment associer les salariés à la création de valeur en fixant des critères clairs.
  • La force d’un dispositif est sa durée et sa constance. La communication est très importante.
  • Il faut bien faire comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement de « donner du pouvoir d’achat » mais bien de « partager des réussites et des progrès ». Par exemple, la satisfaction client – mesurée par le Net Promoter Score, NPS – est un critère sur lequel tout le monde peut contribuer à la création de valeur. Mais lorsque cette satisfaction recule, même si c’est en partie pour des raisons extérieures comme la poussée d’inflation, alors il y a moins de valeur à partager.

Interpelé sur la complexité qui peut naître de la multiplicité des dispositifs, David Amiel recommande une approche de « boite à outil » : les situations des entreprises sont très diverses, et plusieurs dispositifs ne veulent pas dire que « tout le monde doit faire tout » mais que « chacun peut trouver ce qui lui convient ». Le DRH avec les partenaires sociaux devra donc « faire des choix » adaptés à la réalité de son terrain.

Reste que certains dispositifs sont obligatoires, notamment sur la participation. Agnès Bricard regrette à ce propos que la formule de calcul de la participation légale ne se soit pas modernisée alors qu’elle date de plus de 50 ans. Il ya beaucoup de cas de figure où elle n’est plus adaptée (entreprises financières, holding, budgets de recherche élevés etc…).

Cette participation « subie » et parfois « volatile » peut gagner à être englobée dans un « cumul » intéressement participation : l’intéressement représente la part vraiment « dynamique » et la participation joue un rôle mineur. Si l’intéressement est important, elle vient se déduire. Si en revanche il est faible ou nul elle est versée.

Invités lors de la table ronde

Et combien dépenser ?

Pour le public présent, composé principalement dETI et de grandes entreprises, la réponse est majoritairement entre 5% et 10% de la masse salariale. Ce qui, au vu de tous les avantages sociaux et fiscaux associés aux dispositifs d’épargne salariale, est un montant largement suffisant pour avoir un impact sur lattractivité de lentreprise (on estime qu’un euro dépensé dans un dispositif de partage de la valeur a un effet sur le pouvoir d’achat du salarié en moyenne de 1,7 euro).

Lactionnariat salarié : un mode de partage puissant, mais qui doit mobiliser une forte attention

Lactionnariat salarié ne peut pas être la première brique du partage de la valeur pour les participants. Même si sa portée symbolique est forte, il représente pour les salariés un aléa trop important. C’est plutôt le « haut de la pyramide ». En revanche, il peut être très attractif d’une part, parce qu’il apporte des avantages financiers supplémentaires (décote, formules garanties).

Ainsi, chez AXA qui propose chaque année un dispositif d’actionnariat salarié, plus de 50% des collaborateurs sont déjà actionnaires.

L’accompagnement de ces opérations est nécessaire dans les entreprises cotées, car elles ont une part de complexité importante. Dans ce contexte, Carrefour a ainsi fait appel à Filib’ pour former près de 1000 managers démultiplicateurs pour son opération de 2023 qui était la première depuis plus de 20 ans.

Pour les entreprises non cotées, les opérations sont beaucoup plus rares (souhait de ne pas diluer le capital, complexité de l’évaluation, etc.).

Pour David Amiel, le nouveau Plan de partage de valorisation de l’entreprise qui permet association des salariés à l’augmentation de la valeur de l’entreprise sur trois ans peut permettre d’avoir un effet similaire avec une plus grande simplicité et souplesse de mise en œuvre.

Laccompagnement des salariés : un oubli qui doit cesser

Pour Diane Milleron-Deperrois, laccompagnement des salariés est indispensable pour mieux partager la valeur.

De manière générale la protection sociale française est très développée mais ces avantages sociaux sont méconnus des salariés qui ont une culture / éducation financière faible (Culture « Livret A »). Or, au cœur de tous les dispositifs évoqués se positionne une problématique d’épargne moyen ou long terme via le PEE (obligatoire aussi pour la PPV au-dessus dun certain seuil).

Les entreprises doivent donc se préoccuper du besoin daccompagner les salariés sur ces problématiques, qui est aussi leur affaire car la pédagogie contribuera aussi largement à la mise en valeur des avantages de l’entreprise. « On nous demande maintenant tout le temps à lembauche, avez-vous ceci ou cela …mais parfois quand on la …on ne le sait pas ou on loublie. Ces dispositifs sont devenus essentiels pour lattractivité ».

Elle contribuera aussi à faire le lien entre l’épargne salariale et le sens dun investissement durable.

On constate en effet un attachement croissant des salariés, de tous âges, à ce que les produits dans lesquels ils investissent soit porteurs de ces valeurs.

Et tous s’accordent à dire que l’épargne salariale est sur ce point sinon exemplaire du moins en avance. David Amiel souligne d’ailleurs que l’ANI renforce aussi cette durabilité.

Pour Agnès Bricard qui rencontre dans son rôle d’ambassadeur des entreprises de toutes tailles mais aussi des représentants des salariés, la question de laccompagnement est encore largement ignorée. Il va falloir soccuper du salarié-épargnant.

« Or comment voulez-vous quil sen sorte, surtout dans les petites entreprises où il ny a personne qui comprend ces sujets financiers. Si personne ne veut mettre sur la table les  10 euros par salarié qu’il faut pour faire de la pédagogie d’après Filib on navancera pas », conclut Agnès Bricard. 

S’intéresser au bien-être financier de ses salariés n’est pas un tabou

La qualité de vie au travail, le bien-être des salariés fait depuis longtemps partie des préoccupations des employeurs. Les entreprises ont compris que des salariés en meilleure santé et travaillant dans des conditions épanouissantes étaient plus engagés, plus efficaces, plus créatifs et plus fidèles.

C’est ainsi qu’ont fleuri des services visant à améliorer les conditions de vie professionnelles : espaces de gymnastique, cours de yoga, espaces de détente, babyfoot, snacking, conciergeries, …

Le mouvement se poursuit jusqu’à couvrir le bien-être financier.

Comment définir le bien-être financier ?

Ce n’est pas si simple. Une première manière de le définir est de décrire, à l’inverse, ce qui serait caractéristique d’un mal-être financier.

Plusieurs situations viennent immédiatement à l’esprit : la crainte de ne pas pouvoir boucler ses dépenses mensuelles, la peur de perdre son emploi. Mais aussi, le fait de ne pas pouvoir faire face à un imprévu, de ne pas être en capacité de rembourser ses dettes. Ou encore, la préoccupation liée à la baisse de revenus à la retraite. Le fait de s’inquiéter de sa fin de vie et des conditions de celle-ci, c’est-à-dire du financement d’un état hypothétique de dépendance.

Le mal être financier exprime donc une inquiétude, un stress.

Pour les moins aisés, le risque de devoir faire face à un imprévu est très anxiogène. Cet imprévu peut être lié à une maladie, à un aléa (réparation d’un véhicule indispensable à la conservation de son emploi) que ne peut couvrir une épargne de précaution trop modeste. Il peut s’agir également d’une situation de découvert permanent qui fait peser un inconfort voire une épée de Damoclès sur son avenir financier avec des conséquences possiblement dramatiques comme l’interdiction d’avoir un compte bancaire et la plongée dans la misère sociale.

Un désalignement entre moyens et objectifs ou entre objectifs et moyens

Le plus souvent, le stress est l’expression d’une discordance entre les moyens dont on dispose dans une situation donnée et les objectifs qu’on s’assigne ou que l’on nous assigne.

Ainsi, si ses moyens actuels ne permettent pas de maintenir son train de vie ou d’agir selon ses souhaits alors on peut être en situation de stress.

Dans ce cas, le sentiment de mal-être financier relève davantage d’une perception qui peut varier grandement d’une personne à une autre.

On peut aussi avoir un sentiment d’intranquillité par rapport à ses affaires d’argent tout simplement parce qu’on ne sait pas si sa situation est bonne ou mauvaise.

Par exemple, on peut détenir un placement en assurance vie dont les performances proches de 1% paraissent décevantes. Retrouver de la sérénité supposerait de répondre à plusieurs questions fondamentales : A quel objectif est destinée cette épargne ? A quel horizon ? Quel degré de risque/rendement suis-je prêt à prendre compte tenu de ma situation familiale ?

Le bien-être financier peut enfin être décorrélé du niveau de revenus. Vivre au-dessus de ses moyens peut ainsi, quelles que soient ses ressources, susciter une inquiétude voire un mal-être financier. Or réduire ses objectifs, son train de vie, suppose de faire le deuil d’une vie rêvée que l’on ne peut pas financer, de se satisfaire d’une situation différente.

Savoir résister à la pression sociale c’est-à-dire « faire comme les Dupont » est aussi l’une des clefs de l’équation à résoudre.

 4 critères caractérisent le bien-être financier :

– le fait de contrôler ses dépenses quotidiennes et son budget

– le fait d’être capable de faire face à un aléa de la vie

– la liberté de faire des choix financiers permettant de se faire plaisir et de mieux profiter de l’existence : sortir au restaurant, prendre des vacances, se montrer généreux pour une cause qui nous tient à cœur.

– le fait d’avoir une route balisée pour atteindre ses objectifs financiers de moyen et long terme.

Ce dernier point, souvent oublié, est fondamental. Il renvoie au sentiment de maitriser financièrement chaque étape de son cycle de vie. Plus autonome, on est plus confiant et plus serein.

Le rôle des employeurs, garants du bien-être financier

D’après une étude menée par la société Aon, les raisons pour lesquelles les employeurs ont créé un programme de bien-être financier sont, en premier lieu, la conviction profonde que c’est une bonne chose à faire en faveur de leurs salariés. C’est en quelque sorte une raison d’être de l’entreprise et fait partie de ses valeurs.

Viennent ensuite le souhait d’accroître l’engagement de leurs salariés, de promouvoir l’utilisation de leur dispositif d’épargne retraite, de réduire le temps passé par leurs salariés à s’occuper de leurs affaires d’argent au travail, de limiter les coûts médicaux de santé et d’absentéisme.

Quelques données chiffrées :

  • Pour 35% des Français, les problèmes de nature financière sont l’une des causes principales du stress (enquête OpinionWay 2017).
  • 65 % des actifs français sont stressés par leur situation financière (étude Mercer 2019)
  • 18 à 19% des salariés perdent le sommeil en s’inquiétant de problèmes concernant leurs affaires d’argent (Barclays 2014, CIPD 2017) et un sommeil de mauvaise qualité contribue à une moindre productivité
  • 25% des employés affirment que les problèmes d’argent ont déjà affecté la qualité de leur travail (CIPD 2017).
  • un plus haut niveau de stress financier peut conduire à un taux d’absentéisme plus élevé entrainant des conséquences négatives sur la productivité (Willis Towers Watson 2016),
  • 8% of des salariés anglais ont admis prendre des jours de congés en raison de problèmes financiers (Neyber 2016).

Des solutions innovantes de bien-être financier pour les salariés

Les DRH pensent que les deux leviers principaux pour accroître l’engagement de leurs salariés sont les incentives financiers et le sentiment que l’employeur se préoccupe d’eux, prennent soin d’eux, leur accordent une attention sincère.

Prendre soin de ses salariés c’est leur donner la possibilité de contrôler davantage leur situation financière, notamment en tirant le meilleur parti de leurs dispositifs collectifs. Moins stressés, ils deviennent ainsi plus satisfaits, fidèles et engagés. Des solutions existent…

Auteur : Paul Younès 

Les Français ont des connaissances financières insuffisantes et pourquoi c’est important

Depuis quelques années, nous disposons de données sur les connaissances financières des Français, qui montrent qu’elles sont très médiocres voire franchement mauvaises. Cette faiblesse des connaissances financières des Français a probablement un effet significatif sur leur bonne santé financière. En effet, une importante littérature scientifique a mis en évidence que, indépendamment des caractéristiques socio-économiques comme le niveau de revenu et le niveau de diplôme ou même l’intelligence, le niveau de connaissances financières avait un effet significatif sur plusieurs indicateurs de la santé financière. Cela suggère que les Français pourraient augmenter leur bien-être en améliorant leurs connaissances financières et/ou en se faisant conseiller par des spécialistes.

Comment mesurer le niveau de connaissances financières ?

Depuis 1998, l’INSEE mène à intervalles réguliers l’enquête PATER, dont le but est notamment de mieux connaître les comportements individuels des Français en matière d’épargne. En 2011, lors de la dernière vague de cette enquête, 3 questions ont été ajoutées au questionnaire afin d’évaluer le degré de connaissances financières des Français. Les résultats ont été analysés dans une étude de Luc Arrondel, Majdi Debbich et Frédérique Savignac.

La première de ces questions a pour but d’évaluer la compréhension du principe des intérêts composés. Voici comment cette question a été formulée et les réponses qui étaient proposées :

Imaginez que vous ayez 1000€ sur votre compte d’épargne et que celui-ci soit rémunéré à un taux de 2% par an. Au bout de 5 ans, combien détiendrez-vous sur votre compte épargne, si vous n’avez pas touché à votre dépôt initial ?

– Moins de 1100 euros

– 1100 euros

– Plus de 1100 euros

– Je ne sais pas

L’intérêt de cette question est qu’elle permet de mesurer la compréhension du principe des intérêts composés indépendamment des capacités en calcul

En effet, pour répondre correctement à cette question, il n’est pas nécessaire de calculer combien d’argent sera sur le compte au bout de 5 ans, ce qui n’est pas évident à faire de tête. Il suffit de comprendre le principe des intérêts composés et donc le fait que la somme des intérêts au bout de 5 ans sera supérieure à la somme des intérêts sur le montant initial.

La seconde question, qui a pour but de mesurer la compréhension du concept d’inflation, est formulée en ces termes :

Imaginez que le taux d’intérêt auquel est rémunéré votre épargne, placée sur un compte, soit de 1% et l’inflation de 2% par an. Au bout d’un an, avec l’argent sur ce compte, vous serez en mesure d’acheter ?

– Plus qu’aujourd’hui

– Autant qu’aujourd’hui

– Moins qu’aujourd’hui

– Je ne sais pas

De même qu’avec la première question, il n’est pas nécessaire de faire un calcul pour répondre à cette question, qui mesure donc seulement que les sondés comprennent le concept d’inflation, en plus de celui d’intérêt qui est supposé connu

La troisième question, dont le but principal est de mesurer la compréhension de la relation entre le risque et la diversification, est formulée ainsi :

Voici 4 produits financiers. Classez-les de 1 à 4 du moins risqué au plus risqué selon vous, 1 étant celui que vous estimez être le moins risqué.

– Livret d’épargne

– Actions

– Obligations

– SICAV/Fond Commun de Placement

Cette question n’évalue pas seulement la compréhension de la relation entre le risque et la diversification, mais aussi la connaissance de la nature des différents types de produits financiers et du risque qui leur est associé, puisque par exemple on peut savoir que la diversification réduit le risque sans pour autant savoir ce qu’est un fond commun de placement ou que les actions sont plus risquées que les obligations. Afin de réduire le problème, Arrondel, Debbich et Savignac ont pris le parti de considérer qu’une réponse à cette question était correcte dès lors qu’elle disait qu’une action était un type d’actif plus risqué qu’une part dans une SICAV ou un fond commun de placement, même si le reste du classement donné contient une erreur.

Que montrent les données sur le degré de connaissances financières des Français ?

Ces 3 questions, à l’exception peut-être de la dernière, sont vraiment élémentaires et on pourrait croire que tout le monde ou presque tout le monde est capable d’y répondre correctement, mais les données de l’enquête PATER montrent pourtant que c’est loin d’être le cas. Ainsi, moins de 48% des Français savent répondre correctement à la question sur les intérêts composés, tandis qu’environ 61% savent répondre correctement à celle sur l’inflation et environ 66% à la question sur le risque. Moins d’un tiers des Français savent répondre correctement aux 3 questions. Ces questions étant vraiment basiques, il ne fait guère de doute que si on demandait aux Français de répondre à des questions plus complexes mais aussi correspondant mieux aux types de calculs/raisonnements qu’ils doivent faire pour gérer leurs finances dans la vie de tous les jours, la proportion de gens qui commettent des erreurs serait beaucoup plus importante.

Sans grande surprise, les caractéristiques socio-économiques ont un effet important sur les résultats, mais dans toutes les catégories sociales une proportion importante de gens ne savent pas répondre correctement aux questions décrites plus haut. Ainsi, même chez les gens ayant un diplôme du supérieur, plus de 35% sont incapables de répondre correctement aux 3 questions. C’est bien mieux que chez les gens peu diplômés, mais compte tenu du caractère élémentaire de ces questions, ça reste très faible. Par ailleurs, les femmes ont un niveau de connaissances financières nettement inférieur à celui des hommes, ce qui suggère qu’elles sont désavantagées par rapport à ces derniers. C’est d’ailleurs un phénomène qu’on observe dans les autres pays sur lesquels nous disposons de données, sans qu’il soit pour l’instant très bien compris. Peu importe l’explication, étant donné que, comme allons le voir bientôt, le niveau de connaissances financières joue un rôle dans la bonne santé financière des individus, cet écart pourrait contribuer à accentuer les inégalités entre hommes et femmes. Les salariés dans leur ensemble ne sont que 35% à répondre correctement aux 3 questions.

Pourquoi la faiblesse des connaissances financières des Français est un problème

Si le niveau de connaissances financières n’avait aucun effet sur la bonne santé financière des individus, ces mauvais résultats ne seraient pas très importants, mais une littérature scientifique de plus en plus volumineuse suggère au contraire que le niveau de connaissances financières contribue à la bonne santé financière des individus. Dans un un article paru en 2014, Annamaria Lusardi et Olivia Mitchell, qui sont à l’origine de l’idée de mesurer le niveau de connaissances financières à l’aide des 3 questions décrites plus haut, ont fait le point sur cette littérature et ce qu’elle nous a appris sur l’impact des connaissances financières sur le comportement des individus et leur bonne santé financière.

Plusieurs études aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays ont montré que les gens qui avaient un niveau de connaissances financières élevé investissaient plus souvent sur les marchés financiers, préparaient plus souvent leur retraite longtemps à l’avance, refinançaient plus souvent leurs crédits quand les taux d’intérêt baissaient, etc. Il n’est donc pas surprenant que, en plus de ça, un niveau de connaissances financières plus élevé soit également associé à un patrimoine net plus important, un rendement de son épargne plus important, un recours moins fréquent à des modalités d’endettement coûteuses, etc. Tout ceci suggère fortement que, si les Français amélioraient leurs connaissances financières ou se faisaient conseiller par des professionnels, beaucoup d’entre eux pourraient réaliser des gains substantiels.

Bien sûr, le fait qu’il existe une corrélation entre le niveau de connaissances financières et des comportements financiers vertueux ne signifie pas que cette relation est causale, car il est possible que les gens qui ont de meilleures connaissances financières aient aussi d’autres caractéristiques qui expliquent pourquoi ils ont des comportements financiers vertueux, sans que leur niveau de connaissances financières joue le moindre rôle. Par exemple, nous avons vu qu’en moyenne les gens ayant obtenu un diplôme du supérieur ayant un niveau de diplôme plus élevé avaient aussi un niveau de connaissances financières plus élevé, donc il est possible que, s’ils ont des comportements financiers plus vertueux, ce soit parce qu’ils sont plus éduqués et pas vraiment parce qu’ils ont de meilleures connaissances financières.

Heureusement, les auteurs des études sur la question ont pensé à ce problème, donc ils ont utilisé diverses méthodes statistiques pour s’assurer que l’effet du niveau de connaissances financières était bien causal. D’abord, ils ont contrôlé pour un grand nombre de caractéristiques socio-économiques, ce qui a permis de vérifier que même à caractéristiques socio-économiques égales (âge, sexe, niveau de diplôme, revenu, etc.) les gens qui avaient un niveau de connaissances financières plus élevé avaient des comportements financiers plus vertueux. Plus surprenant encore, certaines études ont montré que, même à niveau d’intelligence égal, un niveau de connaissances financières plus élevé était associé à des comportements financiers plus vertueux.

Même quand on contrôle pour suffisamment de variables, il y a toujours un risque qu’on en ait oublié qui affectent les comportement financiers et sont corrélées au niveau de connaissances financières, ce qui pourrait conduire à conclure que celui-ci a un effet positif sur la bonne santé financières des individus alors que ce n’est pas vraiment le cas. Certaines études ont donc utilise une technique statistique connue sous le nom de méthode des variables instrumentales qui permet d’éviter ce problème. Or, non seulement ces études ont confirmé que le niveau de connaissances financières avait un effet positif sur les comportements financiers, mais en plus elles ont toutes conclu que celui-ci était encore plus important que lorsqu’on utilisait des techniques statistiques moins sophistiquées.

Conclusion

Nous avons vu que les Français avaient un niveau de connaissances financières laissant beaucoup à désirer et que cela entraînait probablement des conséquences négatives importantes pour leur bonne santé financière. D’autre part, s’il est vrai que le manque de connaissances financières est plus criant au sein des catégories socio-professionnelles inférieures, le niveau de connaissances financières laisse beaucoup à désirer même au sein des catégories socio-professionnelles supérieures. C’est aussi plus vrai dans certaines catégories, comme les femmes et les immigrés, qui sont par ailleurs déjà défavorisés.

Enfin, la littérature scientifique sur le sujet montre que, même à caractéristiques socio-économiques égales, un niveau de connaissances financières plus élevé conduit à des comportements financiers plus vertueux et une meilleure santé financière. Il est donc probable que, dans toutes les couches de la société, beaucoup de Français pourraient améliorer leur bonne santé financière et donc augmenter leur niveau de bien-être en améliorant leur degré de connaissances financières ou en se faisant conseiller par des gens compétents qui peuvent les aider à prendre les bonnes décisions et à éviter les erreurs.

Auteur : Philippe Lemoine

SOURCES

  • Luc Arrondel, Majdi Debbich et Frédérique Savignac, « Financial Literacy and Financial Planning in France », Numeracy, Volume 6, Issue 2, 2013
  • Annamaria Lusardi, Olivia S. Mitchell, « The Economic Importance of Financial Literacy: Theory and Evidence », Journal of Economic Literature, Vol. 52, Issue 1, 2014, pp. 5-44